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Pour la qualité de la médiation : la formation avant toute chose

Pour la qualité de la médiation : la formation avant toute chose - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Michèle Guillaume-Hofnung est Professeure émérite des Facultés de Droit, Directrice de l’Institut de médiation IMGH et Présidente d’honneur de l’Association des médiateurs diplômés de Panthéon-Assas.

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Cet article complète deux vidéos du Cercle K2 (lien de la première vidéo, lien de la seconde vidéo) présentant la médiation "comme un processus de communication éthique reposant sur la responsabilité et l’autonomie des participants, dans lequel un tiers – impartial, indépendant, neutre, avec la seule autorité que lui reconnaissent les médieurs – favorise par des entretiens confidentiels l’établissement, le rétablissement du lien social, la prévention ou le règlement de la situation en cause".

À un moment où la nécessité de développer la médiation fait l’objet d’une prise de conscience grandissante, la question de la démarche-qualité qui doit l’entourer s’impose. La formation des médiateurs, mais aussi l’initiation des prescripteurs, au premier rang desquels les magistrats des deux ordres, les acteurs publics de sa diffusion méritent une attention particulière.

 

Les lacunes actuelles

La formation des médiateurs et l’initiation de leurs partenaires seraient gages de sérieux et de sincérité des promoteurs de la médiation. Elles témoigneraient d’une réflexion préalable, là où prévaut encore trop souvent le réflexe de facilité qui n’apporte qu’une réponse de façade. L’action combinée du syndrome de Monsieur Jourdain, qui conduisait certains professionnels ou certains élus à croire qu’ils avaient toujours fait de la médiation sans le savoir, et du syndrome du médiateur naturel, qui conduisait les mêmes à croire que leur métier ou leur position socio-professionnelle les désignait naturellement  comme médiateurs a beaucoup retardé la conscience de la nécessité d’une formation.

Les pouvoirs publics, tant nationaux qu’européens, commencent à prendre conscience de sa nécessité. La résolution du Parlement européen du 13 septembre 2011 sur la mise en œuvre de la directive relative à la médiation dans les États membres y prête attention.

 

L’exigence primordiale de formation

Primordiale aux deux sens du terme, de première importance et qui doit venir en premier chronologiquement. On pense bien sûr à la formation des médiateurs qui garantit la qualité de leur intervention, mais aussi à l’initiation de leurs partenaires, tout aussi décisive pour ne pas créer de rupture dans sa mise en œuvre. Au stade où en est le développement de la médiation contemporaine, c’est-à-dire à ses débuts, n’est-il pas vital de former ou au moins d’initier les décideurs publics et privés  à ce qu’elle est avant qu’ils ne légifèrent ou tentent de l’instaurer et de la normaliser ? La médiation est fragile car convoitée pour des raisons souvent contradictoires. Les responsables économiques, politiques, nationaux, locaux et européens ont-ils la même  médiation en tête lorsqu’ils propagent le mot ? Pire est-on sûr que ce ne soit pas en réalité de la conciliation ou de la régulation ou du traitement massif de réclamations ? Chacun s’en fait sa propre idée mais, faute de formation ou d’initiation, ils ne perçoivent même pas qu’ils confondent médiation, conciliation et arbitrage. Ils dotent ainsi la médiation d’un régime juridique inadapté et placent les médiateurs dans l’incapacité de mettre en œuvre un authentique processus de médiation. Ils ne les mettent  pas non plus en position de tiers, vraiment extérieurs indépendants, impartiaux et sans pouvoir. Ils privent ainsi la société d’une véritable innovation.

 

La formation préalable est une exigence éthique qui fonde la légitimité des médiateurs et de leurs formateurs ainsi que la fiabilité de ses promoteurs

La perception de l’importance de la formation ouvre un vaste chantier. Des enjeux de pouvoirs et financiers troublent la réflexion. Il faut traiter le thème sans naïveté en mesurant bien les conséquences des choix entre options apparemment anodines, comme par exemple la question de savoir s’il faut traiter de la formation à la médiation ou de celle des médiateurs. Ce n’est pas tout à fait pareil. On peut se former ou s’initier à la médiation sans pour autant vouloir exercer le métier de médiateur. Le souci louable de savoir ce qu’on ordonne, ce qu’on finance, de quoi il s’agit lorsqu’on légifère constitue en soi une justification suffisante pour s’initier. Lorsque le législateur adopte une loi, rendant selon un oxymore létal la médiation obligatoire, n’apporte-t-il pas involontairement et a contrario la preuve que l’onction du suffrage ne vaut pas initiation, encore moins formation. Le singulier qui prévaut, lorsqu’on forme à la médiation, insiste à la fois sur l’identité singulière de la médiation et sur son unité fondamentale. Au contraire, le pluriel inscrit dans la formation des médiateurs ouvre la voix à l’atomisation de la médiation par des formations spécialisées et au risque de perte de sens commun. Ces considérations valent aussi bien pour les initiations que pour la formation à la médiation.

 

Qu’est-ce qu’une formation à la médiation ?

Pour que la formation constitue une garantie fondamentale, elle doit répondre à des critères essentiels et, pour commencer, être une formation. Elle doit porter sur la médiation et rien que la médiation. La formation avant toute chose mais par sur n’importe quelle base, à  n’importe quoi, n’importe comment et par n’importe qui.

La formation des médiateurs doit être une formation. Il faut beaucoup de lucidité et de détermination pour résister à la tentation de diplômes ou de certificats obtenus rapidement. Les médiateurs qui acceptent l’effort d’une formation consistante sont de plus en plus nombreux. La formation requiert un étalement dans le temps pour permettre les transformations, les mises en perspectives des formations précédentes, l’assimilation en profondeur de données nouvelles et l’établissement de liens entre les membres du groupe. Il faut se départir des déformations professionnelles initiales pour se recomposer une identité de médiateur. La médiation n’étant ni une branche du travail social ni une variante de la thérapie ni une province du travail juridictionnel, elle requiert un travail personnel approfondi pour trouver et construire la posture juste.

 

La formation doit être une formation à la médiation

Cette apparente lapalissade est hélas  nécessaire : nombreux sont les programmes présentés comme des programmes de "formation à la médiation" dans lesquels on cherchera en vain tant le mot médiation que l’ambition de formation. On y trouvera de rapides entraînements à tous modes alternatifs "quelle que soit la dénomination", pour utiliser la regrettable formule du législateur, qu’on leur donne. La nécessité d’avoir en amont une définition de la médiation est une question de respect élémentaire tant de la médiation, avec les valeurs qu’elle porte et qui la portent, que de ceux qui y participent. On ne peut former à la médiation sans clarifier l’objet même de la formation, à savoir la médiation.

Pour deux raisons, une formation indifférenciée aux MARC n’est pas une formation à la médiation. Ces formations banalisent  la médiation dans une nébuleuse qui ne tient pas compte de sa spécificité. Une définition qui ne mettrait pas l’accent sur la neutralité du médiateur, c’est-à-dire son absence de pouvoir décisionnel ou consultatif sur le fond pencherait vers l’expertise, l’arbitrage, la négociation, le conseil ou l’assistanat social. Une définition qui cantonnerait la médiation au règlement des conflits la cantonnerait à une seule de ses quatre fonctions, le désengorgement des tribunaux. La formation resterait marquée par la culture juridictionnelle, perceptible jusque dans les mots utilisés dans les programmes. Elle s’apparenterait à un apprentissage technique. Elle pencherait vers la conciliation. Or, la médiation est un processus autonome.

 

Médiation et non pas médiations

Il reste à justifier le choix du singulier "médiation" et non pas "médiations" et de l’absence  délibérée de qualificatif renvoyant à un secteur. Une spécialisation ne se conçoit qu’après l’acquisition des bases. L’important est de se former à la médiation dans son unité fondamentale. Les spécialisations prématurée, trop sophistiquées ou trop lourdes font perdre de vue l’essentiel : le sens et l’essence de la médiation. L’expertise revient au galop. De plus, elles préparent mal à la réalité du terrain, toujours complexe c’est-à-dire relevant pour partie, par exemple, aussi bien d’éléments professionnels que familiaux. On pense aux médiations en entreprises familiales. Les qualificatifs accolés à la médiation lui enlèvent plus qu’ils ne lui apportent.

 

Une bonne formation à la médiation  doit respecter des principes d’organisation

Elle est nécessairement pluridisciplinaire : étant par essence une formation à la complexité, elle ne peut s’enfermer dans une seule discipline. Elle doit permettre de surmonter au quotidien les difficultés de mise en œuvre du processus enseigné et de respecter la posture de tiers sans pouvoir, qui caractérise le médiateur. De même, et d’une manière générale, seule une approche interministérielle convient à la médiation.

Elle doit se faire dans un climat de liberté et d’ouverture : on ne forme pas à un processus de communication éthique comme on formerait à une technique. On ne forme pas des médiateurs techniciens. On forme à la médiation des personnes qui peuvent en faire leur métier en même temps que des personnes qui peuvent faire acte de citoyenneté. La plus grande mixité socio-professionnelle et sexuée  doit animer les lieux de formation. La course aux accréditations hégémoniques, aux démarches normatives prématurées en matière de formation n’augure rien de bon. Certaines associations de médiateurs réclament un peu vite l’intervention des pouvoirs publics. Elles se lanceraient volontiers dans des procédures de certification, d’accréditation, de supervision, à condition de les dominer. Les pouvoirs publics ne feraient pas mieux en l’état actuel de leur méconnaissance de la médiation et donc de ce qui concerne sa formation. Faute de données quantitatives et qualitatives fiables et générales, les pouvoirs publics n’apporteraient qu’une façade de garantie, prématurée et parcellaire. Ils ont tendance à normer en silo et ne maqueraient pas d’atomiser ce processus transversal. Ils ont tendance à fonctionner par appels d’offres.

L’écueil des appels d’offres et des agréments : la tendance à généraliser l’exigence d’agréments attribués selon des procédures lourdes  risque de privilégier de gros opérateurs surtout habiles à manier ces procédures. De même, la multiplication des procédures de marchés publics impose des procédures lourdes sans pour autant donner des garanties. L’impartialité souvent fictive profite à des prestataires dont la principale qualité est la capacité à répondre à tout marché dans tous domaines. Un gré à gré assumé conviendrait mieux que des pré-choix déguisés en appels d’offre.

        

Conclusion

L’avenir de la médiation dépend encore et toujours en grande partie de la formation et de l’information de ceux qui peuvent  soit la faire vivre, soit l’atrophier, voire la tuer. 

Michèle Guillaume-Hofnung