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COVID-19 : Couvrez ce sourire que je ne saurais voir…

COVID-19 : Couvrez ce sourire que je ne saurais voir… - publication Cercle K2

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Franck Desevedavy

Avocat aux Barreaux de Paris et de Taipei, Conseiller du Commerce extérieur et Arbitre CCI - Taiwan - Shanghai, Franck Desevedavy exerce depuis 1996 en Asie.

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A la fin du mois de décembre 2019, nous avons été informés d’un virus qui frappait Wuhan et sa région. Courant janvier, nous avons compris que la situation était probablement plus grave que ce que le pouvoir chinois (de la province du Hubei) annonçait. Et les vacances du nouvel an chinois, prolongées d’une quinzaine de jours par les gouvernements de Chine, de Hong Kong et de Taiwan, nous ont confirmé que nous devions à nouveau nous préparer à une épidémie de type SARS, soit au moins trois mois de mesures affectant nos vies personnelles et professionnelles.

En 2003, la Chine et Hong Kong, à titre principal, avaient été lourdement touchées par ce « SRAS-Cov », mais aussi – voire surtout – par le silence de plusieurs mois des autorités locales de la province du Guangdong puis les mensonges et dissimulations de l’ensemble du pouvoir de Pékin. Reprenant nos notes de 2003, nous savions qu’il convenait de nous préparer à une période d’un trimestre, ou deux, durant lequel les écoles seraient fermées, les déplacements quasi-impossibles du fait de quarantaines systématiques, et l’activité économique ralentie. Mais notre expérience du SARS de 2003 nous rendait également optimistes, puisque finalement cette épidémie avait été relativement contenue, épargnant presque tous les autres continents. A l’évidence, et c’est tant mieux, les gouvernements de Chine, de Hong Kong et de Taiwan se sont abstenus de partager notre optimisme, et ont rapidement pris des mesures drastiques ; leurs populations se sont adaptées.

La Chine (et l’Europe pour d’autres raisons) devra faire le bilan de cette nouvelle épidémie le moment venu : à nouveau, elle est le creuset d’un virus dangereux pour elle et pour le monde, et le commerce toléré des animaux sauvages, l’organisation ou la désorganisation de ses marchés, les conditions d’hygiène et la salubrité de ceux-ci sont dénoncées ; à nouveau, l’organisation politique et sanitaire du pays sont remis en cause, notamment en ce qu’elle a ralenti la réponse sanitaire et médicale ; à nouveau, la crédibilité de la parole publique chinoise est contestée ; à nouveau la corruption est désignée. Mais alors que ce bilan reste à faire, il n’est pas discutable que la réaction du pouvoir central chinois fût d’une rapidité sans comparaison avec l’épidémie de 2003, d’une efficacité incontestable, le tout en coopération avec la communauté scientifique internationale. Après trois mois de lutte intense, la Chine est d’ores et déjà sur la voie de la guérison.

Il est aussi intéressant pour nous, européens, de regarder ce qu’ont fait Hong Kong et Taiwan pour se protéger d’un virus qui ne risquait pas de s’arrêter aux frontières de ces territoires dont les populations sont en contact permanent avec la Chine continentale. Sans mesures de quarantaine à l’échelle d’une ville ou d’une province, le Covid-19 n’aura, à ce jour, que très peu frappé les voisins directs du continent.

Alors que nous entrons en France et en Europe dans une période critique, nous vous proposons de faire un premier bilan des mesures prises par les gouvernements de Chine, d’une part, de Hong Kong et de Taiwan, d’autre part, pour lutter contre la propagation du virus tout en apportant soutien à leurs populations, notamment sur le plan économique.

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1.     La fermeture ou les contrôles aux frontières :

Dès la fin du mois de janvier 2020, la Chine ordonna la fermeture quasi-totale de la ville de Wuhan et de la province du Hubei, avec interdiction d’entrer ou de sortir de ces zones de confinement total. Et dans ces zones, les populations ont été contraintes de rester chez elles.

De telles mesures n’ont pas été appliquées à Hong Kong ou à Taiwan, où les systèmes politiques et juridiques rendent difficiles de telles privations de libertés.

Pour autant, dès les premiers jours de février, Taiwan ordonnait l’interdiction de son territoire aux personnes étrangères (ou ne disposant pas d’un titre de résidence) en provenance des villes et provinces contaminées, le tout dans un cadre légal parfaitement établi par la loi sur le contrôle des maladies contagieuses. Très rapidement, la violation de cette loi et des mesures de quarantaine parfois imposées a entraîné des sanctions pécuniaires et la mise en cause de la responsabilité pénale des personnes incriminées.

De la même manière et dans le même calendrier, Hong Kong prenait des mesures de quarantaine obligatoires sur la base de sa loi (Ordinance) sur la prévention et le contrôle des maladies, mettant en place un comité de surveillance et faisant là encore application de sanctions pénales accompagnant les limites ou interdictions.

2.     Le contrôle des populations :

Hong Kong et Taiwan se devant de respecter leurs lois et constitutions protectrices des libertés individuelles, ont mobilisé les forces de police pour contrôler, faire appliquer et sanctionner les mesures de quarantaine imposées aux visiteurs ou impatriés.

Taiwan a, par exemple et dès janvier 2020, contrôlé les passagers des vols en provenance de Wuhan en envoyant du personnel médical à bord des avions concernés (opérant ainsi un contrôle avant même l’arrivée des personnes sur le territoire insulaire).

La Chine a multiplié, sur l’ensemble de son territoire, non seulement les mesures policières classiques, mais également l’utilisation de l’intelligence artificielle et plus généralement des nouvelles technologies : reconnaissance faciale, utilisation de drones, enregistrement de données personnelles obligatoires via l’installation d’applications dédiées sur les téléphones, déclarations aux comités de quartier, contrôle du mouvement des populations entre domicile et lieu de travail, etc.

3.     La distanciation sociale :

Dès le début du mois de février (et en réalité au sortir même des congés du nouvel an chinois), Hong Kong a organisé ou favorisé le travail à distance pour ses fonctionnaires, et l’ensemble des employés de sociétés privées.

Un fonds de 10 milliards de Hong Kong dollars (1 milliard 200 millions d’Euros) a immédiatement été libéré pour soutenir les entreprises invitées à prolonger les congés de leurs salariés.

Et les salariés étrangers (notamment les employées de maison souvent originaires des Philippines ou d’Indonésie) se sont vus annoncer une prolongation de leurs autorisations de séjour jusqu’au 31 mai 2020, de sorte à ce que leurs démarches ou déplacements soient le plus limités possible.

A Taiwan, et là encore très rapidement dès février 2020, la prise en charge des salaires des employés taïwanais empêchés a été annoncée, le tout dans le cadre d’un fonds de près de 2 milliards d’Euros libérés par le gouvernement.

En Chine, le travail n’a repris que très progressivement après les congés du nouvel an chinois, et selon un calendrier différent et adapté à chaque ville ou province, à chaque type d’activité.

4.     Soutien aux entreprises :

La Chine a annoncé dès le début du mois de février des mesures permettant aux entreprises non seulement de voir leurs charges réduites, mais des dates de report suffisamment précises pour organiser la prévisibilité : report des charges sociales, fonction des villes ou provinces, de 3 mois, 6 mois et parfois jusqu’au 20 décembre 2020 (pour Pékin) ; report des taxes et impôts, tant pour leur déclaration que pour leur paiement ; possibilités de report sur les loyers payés au profit de bailleurs publics ; etc.

Taiwan et Hong Kong ont elles aussi mobilisé leurs réserves pour soutenir leur économie, notamment en privilégiant la production locale, mais également en soutenant l’agriculture ou en dégageant des garanties pour les prêts en cours.

5.     La protection des populations :

Sans nécessairement, comme en Chine, avoir recours à la construction spectaculaire d’hôpitaux gigantesques par une armée mobilisée, tout comme l’industrie médicale du pays concentrée sur la production de masques pour l’ensemble de la population, la mise à disposition de tests et l’organisation de centres de quarantaine, Hong Kong et Taiwan ont très rapidement mis en place des mesures de distribution et de rationnement des masques au profit de leur population.

Ainsi à Taiwan, sur simple présentation de la carte de sécurité sociale, un approvisionnement régulier fut rapidement possible. Des mesures similaires furent mises en place à Hong Kong. Et en Chine, la production massive de masques a rassuré une population inquiète d’une pénurie rapidement constatée.

Le gouvernement de Taiwan a mis en place une production de 9 millions de masques par jour (pour une population d’environ 24 millions d’habitants), promettant une production quotidienne de 13 millions en avril, et s’est appuyé également sur le réseau des commerces de proximité pour assurer une meilleure distribution.

Enfin, Taiwan s’est attaqué à la diffusion d’informations fausses et des rumeurs malveillantes, notamment sur les réseaux sociaux, là encore en s’appuyant sur un cadre légal précis et préexistant.

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S’il n’est pas nécessaire de détailler l’ensemble des mesures prises rapidement et chaque semaine depuis le mois de janvier 2020 par la Chine, Hong Kong et Taiwan pour d’une part enrayer l’épidémie tout en soutenant d’autre part populations et entreprises[1], nous aurons été témoins d’une mobilisation rapide et emprunte de plasticité de chacun des gouvernements et des populations, chacun utilisant les outils à sa disposition et s’adaptant aux circonstances très évolutives.

Et alors que la bataille est loin d’être achevée, notamment parce que ces territoires doivent désormais faire face à une éventuelle recrudescence de cas venus d’Europe ou d’Amérique du nord, il nous importe de rendre hommage à des populations qui ont adopté immédiatement un mode de vie et d’organisation de nature à ralentir l’épidémie, notamment par le port du masque quasi-systématique, non pas pour se protéger mais pour protéger autrui ou, à tout le moins, démontrer le souci d’un comportement prophylactique. Si le sourire est souvent une marque de politesse en Asie, le cacher aura été salvateur.

Franck Desevedavy

Avocat,  Chine – Hong Kong – Taiwan

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[1] Le site www.Asiallians.com publie chaque semaine le détail des mesures prises en Chine, à Hong Kong et à Taiwan pour faire face à l’épidémie de Covid 19.