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Quelques réflexions sur la crise du coronavirus ou COVID-19

Quelques réflexions sur la crise du coronavirus ou COVID-19 - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Daniel Canepa a été Préfet de la Région Ile-de-France, Préfet de Paris et il a présidé l’Association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur (ACPHFMI)

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Pour avoir vécu en qualité de Préfet de Région plusieurs crises récentes en matière sanitaire (Esbola, canicule 2003, SRAS, H1N1) ma conclusion est qu’aucune n’est comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui avec le Coronavirus.

Il n’en demeure pas moins que certaines règles générales et impératives se retrouvent et feront que la crise sera gérée ou non efficacement.

La première de ces règles, la plus essentielle pour les conséquences sanitaires, est celle de l’anticipation.

Depuis au moins vingt ans, l’histoire récente nous a rappelé que les crises sanitaires menaçaient notre monde et qu’elles ne respectaient pas les frontières. Les fléaux connus depuis le XIVème siècle de la peste au choléra, du choléra à la grippe Espagnole, de la grippe au SRAS… malgré les progrès scientifiques les découvertes médicales, les avancées hygiéniques, n’ont pu être éradiqués et les épidémies mondiales demeurent.

Comme la lutte entre le glaive et le bouclier l’évolution constante des virus rend nos sociétés fragiles et oblige les responsables à une vigilance permanente. L’humilité à l’égard de ces attaques sournoises doit être de mise et favoriser les actions de préventions. Malheureusement ces mesures préventives sont le plus souvent oubliées dès que des temps plus calmes sont revenus et que les considérations financières s’imposent sur les précautions sanitaires.

L’anticipation ce n’est pas uniquement de maintenir la vigilance c’est aussi lorsque la crise apparait de prendre les décisions nécessaires au bon moment au juste à temps. Ni trop tôt pour ne pas décrédibiliser les choix retenus ni trop tard pour prévenir l’explosion de la chaine de transmission de la maladie. Le choix est sans doute délicat et sera le plus souvent contesté mais il vaut mieux pécher par précaution plutôt que par désinvolture.

Enfin cette règle d’anticipation est applicable à chaque étape de la crise, au mouvement du virus doit répondre la mobilité des acteurs engagés dans la lutte.

La deuxième règle est de gérer au mieux la communication, ce pilotage requiert d’adapter le porteur de message au type de message, de prêter attention aux conditions dans lesquelles les informations et les recommandations sont diffusées et enfin à les cibler vers ceux auxquelles elles s’adressent. Il est parfois plus crédible d’entendre un scientifique ou un expert des crises plutôt qu’un généraliste. La parole du plus haut responsable est attendue par ses concitoyens, elle est nécessaire et doit être accordée à bon escient et avec retenue. Clémenceau en temps de guerre avait délivré des messages avec économie ce fut sans doute un bon exemple.

Il est indispensable que les propos soient crédibles et transparents. Vouloir rassurer pour prévenir les craintes deviendra une faute si les suites contredisent la parole du responsable. Cette démarche est d’autant plus indispensable que la crise sanitaire sera longue et que le doute demeure sur les effets des actions engagées. Les erreurs dans le domaine de la communication ont toujours des répercussions importantes sur la troisième règle qui tient à maintenir la cohésion nationale pour lutter contre l’épidémie. Sans l’adhésion de tous l’action de quelques-uns demeure sans grand effet. Si les sciences apportent quelques réponses aux questions médicales posées les techniques nouvelles de communication peuvent gêner la mobilisation générale. La transmission des consignes par les médias apporte par la rapidité des moyens et par leur répétition régulière un appui essentiel. Mais les réseaux sociaux concourent à troubler les messages, à pointer les erreurs réelles ou supposées, à apporter une résonnance aux fausses informations et aux faux espoirs. Dans ces périodes souvenons nous de la remarque d’Aristote « l’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » j’ajouterais que le responsable contemporain parle trop. De plus dans notre société les progrès de l’enseignement font que de plus en plus l’ignorant n’est plus conscient de son ignorance.

En conclusion, rappelons que ces périodes nécessitent du courage, de la ténacité et du sang froid, mais aussi de savoir oublier les règles trop précises et trop étroites qui s’imposent dans les périodes ordinaires. Il convient de ne pas hésiter à prendre des chemins plus risqués mais susceptibles de vaincre les faux débats les craintes de faire prévaloir la fin sur le souci de l’immédiat et en toute hypothèse de conserver l’esprit de l’intérêt général sur la multitude des préoccupations égoïstes.

Daniel Canepa

Préfet de Région(H)