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Masque ou bandeau ?

Masque ou bandeau ? - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Diplômé de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, ancien Officier parachutiste à la Légion Étrangère, François Bert est Fondateur d’Edelweiss RH et de l’école du Discernement.

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La décision vient de tomber, comme aux tristes heures de la guerre : couvre-feu à 21H dès samedi 17 octobre pour sept métropoles françaises. Il faut dire que, ces derniers jours, s’étaient accumulés des signaux faibles dignes d’intérêt : attaque, avec leurs propres armes volées, de deux policiers à Herblay ; attaque d’un commissariat à la barre de fer et au tir de mortiers d’artifice par quarante personnes à Champigny-sur-Marne ; renversement volontaire d’un policier, dont le pronostic vital est aujourd’hui engagé, par un conducteur au volant d’une voiture volée dans l’Essonne ; et, à l’heure où je finis ces lignes, décapitation d’un professeur d’Histoire à Conflans-Sainte-Honorine, pour vraisemblablement avoir montré les caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves.

Les dernières semaines n’avaient rien à leur envier : Victorine assassinée par noyade à Villefontaine par un voisin connu des services de Police ; Axelle tuée à Lyon, disloquée après avoir été trainée sur huit cent mètres par deux conducteurs courroucés ; Philippe frappé à mort à Bayonne pour avoir exigé le port du masque ; une collégienne tabassée et filmée à la sortie de l’école à Reims par des camarades ; une jeune fille frappée pour le port d’une jupe à Strasbourg ; un homme égorgé Gare du Nord en plein jour ; une fillette de neuf ans enlevée et violée dans la Vienne ; une jeune fille de 15 ans violée et tuée par un récidiviste à Nantes ; une dame de 84 ans violée et tuée à Bressuire ; une femme enceinte agressée par six mineurs à Vichy ; un couple de personnes âgées violemment agressé dans un cimetière ; un train caillassé après une tentative de déraillement à Vénissieux ; un homme de 85 ans, volé, frappé, le visage souillé par les excréments de son agresseur au Croisic ; une ado musulmane tondue et frappée pour avoir voulu se marier avec un chrétien à Besançon ; les abords des Champs Elysées mis à sac après la défaite du PSG en finale de la ligue des Champions ; des chevaux mutilés un peu partout en France ; et, puis, Mélanie, gendarme, morte renversée volontairement par un chauffard délinquant ; un policier tué de la même façon au Mans ; un troisième qui en réchappe à Nancy après avoir été trainé sur cinq cent mètres, etc., et la liste est longue encore.

Ah, pardon, on me dit dans l’oreillette que le couvre-feu n’a rien à voir avec cela… mais comment ça ?

 

Obsession ou évidence ?

À regarder la réalité avec un microscope, on peut s’obstiner longtemps. Il n’est plus temps de prouver que la crise de la Covid est gérée parfaitement : c’est trop tard et, comme à la guerre, si souvent invoquée dans les communiqués, le centre de gravité de l’action change et il demande une écoute aigüe pour diriger l’effort collectif au bon endroit.

L’État n’est pas payé pour convaincre de sa perfection, même à l’heure des procès, mais pour nous montrer dans les faits qu’il sait écouter l’évidence des priorités.

Ce qui crève les yeux aujourd’hui, ce n’est pas seulement le danger de la Covid, dont les effets finaux semblent très marginaux en termes de nombres de morts (entre 20 et 150 par jour depuis début septembre, 88 hier, pour une population déjà à risque dans la très grande majorité des cas, quand le cancer tue quotidiennement 430 personnes, les maladies cardio-vasculaires, 400, le diabète, 95, le suicide, 25, etc., source Santé publique France). Je ne sache pas qu’on ait interdit les sucreries pour réduire les morts de diabète pourtant encore supérieurs annuellement aux morts totaux de la Covid.

 

Le danger potentiellement irréversible d’une dislocation de la Nation

Ce qui crève les yeux, c’est le danger potentiellement irréversible d’une dislocation de la Nation française. Sécession de quartiers entiers, où la loi française ne s’applique plus, explosion du nombres d’agressions, explosion du nombre de pauvres, imminence d’une crise économique de très grande ampleur, franchissement continu et accéléré des seuils de respect de l’autorité des policiers, gendarmes, pompiers et surveillants de prison, multiplication des atteintes à la laïcité, alors que 26 % des jeunes musulmans de 15 à 24 ans disent ne pas condamner l’attentat de Charlie Hebdo (source IFOP, 1er septembre 2020), en bien triste résonnance avec l’attentat qui vient d’avoir lieu à Conflans, sentiment général d’impunité alors que des faits toujours plus graves (attaque sans limite élémentaire de civilisation des personnes les plus faibles (enfants, personnes âgées, femmes enceintes, etc.) et passage à l’acte meurtrier sur des représentant de l’État) sont traités à la chaîne par une justice débordée, sans écoute du contexte et souvent avec idéologie.

 

Y-a-t-il une chambre de discernement ?

Notre gouvernement est-il attelé à l’urgence de stopper nets ces dérives mortelles et de créer les conditions pour resouder la Nation ? Pour l’heure, l’État s’épuise surtout à nous décrire "sans infantiliser" comment aérer nos salons et comment porter le masque de la table aux toilettes d’un restaurant.

Existe-t-il quelque part dans les lieux du pouvoir une chambre où quelqu’un se pose et se tait ? Est-il possible qu’un gouvernant se retire, ne serait-ce que quelques minutes, du trading émotionnel qui fait vivre les médias ? Qu’il se mette en écoute des signes des temps, des signaux faibles et forts, des lames de fond que cachent l’accumulation de certaines actions ? Qu’il prenne le temps d’élaborer une stratégie, de donner une direction, dans l’axe de ce qui permet de résister aux maux profonds ?

Discerner, ce n’est ni communiquer ni raisonner par idéologie, c’est descendre dans les profondeurs du silence pour y accueillir l’évidence. Ce n’est ni un travail de consensus, ni une idée fixe. C’est écouter et non convaincre, c’est comprendre où se situe l’effet majeur à produire pour embarquer le tout et non voltiger de point d’éclat en point d’éclat. Cela existe-t-il au sommet de l’État ?

 

Concentrer ses efforts

On ne sort pas d’une crise majeure en voulant traiter tous les sujets mais en concentrant ses efforts sur la première priorité. La police a autre chose à faire que surveiller les Français sur le respect d’un couvre-feu dont les effets attendus sont mineurs et les conséquences très graves en termes de vie sociale et économique. Protégeons les personnes vulnérables, connues et identifiées, en les entourant de gestes de prudence mais laissons circuler les Français qui sont, dans leur immense majorité, porteurs asymptomatiques passés, actuels ou futurs du virus.

Attaquons sérieusement, en revanche, par la révision des lois d’abord, notamment d’ouverture du feu pour les forces de l’ordre, de reconduite effective aux frontières et de sanctions réelles suivi d’un travail d’effort et de reconstruction en prison, le contrôle et la dissolution des bandes incontrôlées qui menacent la sécurité des Français. Levons surtout un dispositif coordonné de l’action, dans lequel l’État appuie tous les échelons locaux dans la même direction, sans céder aux vagues de l’opinion et des partis. Articulons enfin la Police et la Justice dans une continuité cohérente que le "en même temps" rend inopérant.

 

Recréer les liens

"Réapprendre à être une Nation", selon les mots du Président le 15 octobre au soir, cela ne va pas se faire par une culpabilisation quotidienne autour des chiffres, la mort de toutes les formes de convivialité et la défiance structurelle imposée par les gestes barrières. Il est grand temps que ce pays retrouve le goût et la possibilité de s’entraider, de célébrer, d’aller en territoire de confiance et de spontanéité. Le "vivre ensemble" que l’on nous vend en zone d’insécurité est un "projet de renards libres dans un poulailler libre". Lutter radicalement contre l’insécurité permet le retour de l’insouciance qui prévaut à tout rassemblement.

Dépasser par ailleurs les communautarismes, c’est, de la part d’une autorité consciente et affirmée, faire entrer les fractions dans une logique de contribution et non de revendication. L’honneur de l’État est de faire passer les communautés et les associations, quelles qu’elles soient, d’une logique de gage à une logique de don : dire à chacun non pas "En quoi es-tu différent ?" mais "Qu’as-tu à apporter ?". C’est enfin faire cesser le règne des "victimes" de métier au profit du règne des "héros".

 

Faire vivre l’esprit combattant

Un peuple endormi, blessé ou timoré a besoin de grandeur et d’élan. Comment peut-on se sentir fier à vivoter dans la peur, la protection, le repli chez soi ? À n’avoir pour horizon citoyen que l’aération de ses miasmes ? La France a besoin qu’on lui parle de ses splendeurs, de ses héros, de ses trésors vivants et morts. Elle a des merveilles à chaque coin de rue et des artistes prêts à les faire revivre. Elle fourmille de talents épuisés de n’être pas assez valorisés, ou seulement sur leur chiffre d’affaires à l’heure des impôts. Réside en chaque Français le besoin de sentir le tremblement d’enthousiasme et de force collective qu’exprime un courage à visage découvert, vibrant du haut vers le bas, puis du bas vers le haut d’un esprit combattant, car, comme dit Péguy, "il ne se peut pas que les Français soient lâches, mais ils ont oublié qu’ils étaient courageux".

François Bert

Publié le 21 octobre 2020