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L'impact de l'intelligence artificielle sur les modèles d'affaires : comment se réinventer pendant la crise sanitaire

L'impact de l'intelligence artificielle sur les modèles d'affaires : comment se réinventer pendant la crise sanitaire - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Pascal Gentil est Vice-président associé de DNA Global Analytics et Double Médaillé Olympique.

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Pour de nombreuses entreprises, les chocs internationaux (économiques, géopolitiques, sanitaires, etc.) ont historiquement apporté des basculements profonds. Ces événements bouleversent le paysage économique et provoque un réel changement de paradigme. J’ai pu constater qu’une grande majorité de dirigeants ont accéléré la numérisation d’au moins une partie de leurs activités afin de protéger les employés et servir les clients confrontés à des restrictions de mobilité en raison de la crise Covid-19. J’estime que la crise que nous traversons représente l’avènement du mode de travail à distance généralisé ainsi que la prise de conscience nécéssaire au développement de l’automatisation dans les entreprises françaises.


Dans notre quotidien, nous observons déjà les prémices de cette automatisation grandissante. Par exemple, un grand nombre de structures bancaires sont passées à des services à distance afin d'assouplir certaines offres. Les restaurateurs sont passées à la commande et à la livraison en ligne comme principale source de revenus. Nos étudiants assistent à des cours en ligne et nos médecins proposent des services de télémédecine. Dans l’une de mes activités, j’observe comment les entreprises doivent réimaginer les trajets des clients afin de réduire les risques sanitaires tout en accélérant le passage vers l’achat en ligne, l’idée étant que chaque organisation se doit de se réinventer pour survivre.

La nouvelle réalité est que nous évoluons dans un environnement économique encore plus instable. Il est fort à parier que la bataille pour l’emploi s’annonce difficile malgré les promesses et plans de relance. En plus de la crise sanitaire et économique, la France doit se préparer aux conséquences de l’automatisation galopante sur sa compétitivité mais aussi sur sa capacité à maintenir l’emploi sur le territoire ainsi que son indépendance numérique face aux géants étrangers. Quelle vision sur le long terme ? Comment préparer le pays à la vague d’automatisation qui s’annonce ?

Aujourd’hui, nos entreprises se doivent de reconsidérer plusieurs éléments stratégiques : structure des coûts, chaînes d'approvisionnement, modèle d’affaire, etc. La tâche s’annonce particulièrement ardue car le processus de décision classique est aujourd’hui obsolète. Comment prédire l’évolution de la consommation lorsque les entreprises dépendent des décisions politiques sur la libre-circulation des personnes ? Comment adapter son offre si le consommateur traverse un bouleversement de ses habitudes ? Ainsi, de nouvelles données et algorithmes seront pertinents pour guider nos dirigeants.

La France doit profiter de ce moment historique pour encourager la relocalisation de certaines activités. Ainsi, avec le développement de l’industrie 4.0 (maintenance prédictive, impression 3D, etc.), nos industriels doivent considérer la France comme un lieu de production et non plus seulement comme un point de consommation. Paradoxalement, j’estime que la montée du nationalisme économique et des conflits commerciaux (États-Unis/Chine) forcent nos entreprises tricolores à repenser leurs stratégies de chaîne d'approvisionnement et à redécouvrir les mérites du "Made in France". La crise indique que les consommateurs achèteront de plus en plus de produits en ligne.

Ancien sportif de haut niveau, j’ai décidé de m’orienter vers l'intelligence artificielle car je suis persuadé que cette technologie (notamment ses sous-domaines que sont le "Machine Learning", "Computer Vision", "Natural Language Processing", etc.) permettra à la France de se repositionner dans l’échiquier mondial. Dans mon activité, je constate comment des algorithmes permettent des gains de productivité conséquents ou encore comment les entreprises parviennent à mieux comprendre les consommateurs en détectant les nouveaux modes de consommation en temps réel. Je demeure persuadé que les cas d’usage les plus réussis seront ceux qui combinent de manière transparente l'IA avec le jugement et l'expérience de l'homme. L’un complète l’autre au lieu d’être dans une logique de remplacement.

Le défi pour les entreprises françaises est d’identifier les cas d’usages pertinents, gagner en maturité au niveau de la gestion de la donnée et, enfin, généraliser les initiatives sur de plus grandes échelles. Je me félicite de voir qu’il existe un écosystème français de l’IA de très haut niveau (académique, institutionnel, etc.). Cependant, je crains que la bataille doit se mener aussi au niveau européen. Face aux mastodontes chinois et nord-américains, nous devons nous organiser à l’échelle nationale et européenne, au plus vite ! 

L’enjeu de la donnée doit devenir central dans les discours de nos dirigeants. Pas d’avenir économique serein pour la France sans stratégie audacieuse d’utilisation de la donnée. Je souhaite que le gouvernement œuvre dans ce sens. Nous devons multiplier les initiatives visant à renforcer la culture de la donnée (voir le modèle d’affaires en lien avec le "Federated Learning" sur lequel mon collègue Alexandre Gonfalonieri a longuement écrit) au sein de nos entreprises et favoriser les modèles d’affaires exploitant au maximum le potentiel des algorithmes et diversité des données.

J’attire l’attention sur le modèle chinois. L'approche de la Chine en matière de développement et de mise en œuvre de l'IA est simple et pragmatique, orientée vers la recherche d'applications pouvant aider à résoudre des problèmes du monde réel. Des progrès rapides sont réalisés dans le domaine des soins de santé, par exemple, alors que la Chine s'efforce de fournir un accès facile à des services abordables et de qualité à sa population vieillissante.

La Chine s’est dotée d’un plan de développement de l'intelligence artificielle sur le très long terme. Je souhaite la même chose pour la France. Les différentes factions politiques doivent partager ce constat. Nous avons besoin d’un plan de développement audacieux en lien avec l’IA, une stratégie descendante, planifiée de manière centralisée.

La France doit maintenir sa volonté de protéger les libertés individuelles en lien avec l’utilisation de l’IA (RGPD) mais doit développer l’importance des autorités locales dans la mise en œuvre de la politique d'innovation. Ainsi, les gouvernements municipaux et provinciaux de toute la Chine établissent des partenariats intersectoriels avec des institutions de recherche et des entreprises technologiques afin de créer des écosystèmes d'innovation locaux en matière d'IA.

L’IA ne peut se concentrer uniquement dans les grandes villes. Nos amis chinois développent activement des pôles d'innovation dans plusieurs villes. Un exemple prometteur est la ville de Hangzhou, dans la province du Zhejiang, qui a créé une "ville de l'IA". Bientôt une ville de l’IA aussi en France ?

Pascal Gentil

Publié le 21 septembre 2020