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Confinement : le vertige du microscope ou la tyrannie du pixel

Confinement : le vertige du microscope ou la tyrannie du pixel - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Diplômé de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, ancien Officier parachutiste à la Légion Étrangère, François Bert est Fondateur d’Edelweiss RH et de l’École du Discernement. 

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Quand la maison brûle, l’heure n’est plus à laver les draps… et quels que soient les cris du blanchisseur qui, par temps de désinfection, ne se remet pas d’avoir été à ce point au centre de l’attention. Toute ressemblance avec la situation d’un pays fortement soumis à l’avis des blouses blanches serait fortuite… Essai d’une contribution à la crise complexe que nous traversons.

 

Expertise et décision

La pensée experte est faite pour le silo. Elle crée des prodiges dans la précision, le détail, l’exhaustivité. Mais elle n’a pas la perception des contextes et des situations. Et quand on lui donne un pouvoir, elle a le vertige de la sophistication jusqu’à en perdre la raison. Nous n’épiloguerons pas sur les récentes recommandations à se taire dans le métro, à espacer les convives en quinconce lors d’un repas privé ou à reclure papy et mamie dans la cuisine pour le réveillon : l’idéologie commence à la minute où l’on doit expliquer l’évidence.

Le problème de l’expertise qui déraille, c’est qu’elle trouve un allié de poids dans les obsédés de l’image. Car la tyrannie de l’Excel rime avec celle du pixel : quand on vit pour communiquer sur sa perfection, on s’entête longtemps sur la guerre d’avant, comme si on recommençait le débarquement de Normandie alors que les Allemands sont entrés dans Paris.

Décider dans le chaos, c’est entrevoir le centre de gravité de l’action : celui-ci est mobile, à mesure que s’entassent les éléments nouveaux de la crise. La matière décisionnelle est relative et les décideurs, comme tous les chefs d’ailleurs, sont des "professionnels de l’imparfait", condamnés à avoir une moisson sur une trajectoire et jamais dans le point, a fortiori dans celui de la veille.

 

Quelle est la menace ?

D’un côté, nous avons celle de la Covid-19 : elle a fait un nombre de morts important mais relatif (74 106 au 26 janvier 2021 d’après Santé publique France, dont les chiffres ont été eux-mêmes sérieusement remis en cause par le Nice Matin du 16 janvier notamment) et rarement du seul fait de sa cause (co-morbidité et facteur de vieillesse prépondérants (78 % des morts du Covid ont plus de 75 ans, 92 % plus de 65 ans - source Statista au 19 janvier 2021). Ce chiffre reste bien inférieur aux morts du cancer (157 000 en 2018, Santé publique France ) ou des maladies cardiovasculaires (140 000), pour ne citer qu’elles, et sont bien sûr non comparables aux hécatombes des épidémies réelles de choléra ou de grippe espagnole. Les chiffres concernant le nombre de contaminations, incantés à longueur de journée, sont non-pertinents tant la très grande majorité des concernés sent peu ou pas le passage du virus.

De l’autre côté, nous vivons une accumulation de phénomènes graves, voire très graves : crise économique dont nous ne sommes qu’aux débuts, avec des aides souvent insuffisantes ou des dettes seulement différées de la part de l’État, détresse sociale majeure (suicides, dérèglements psychologiques, voire psychiatriques graves, pauvreté exponentielle, notamment chez les étudiants, les bas revenus et les indépendants, fracture du lien social qu’aggravent la solitude, l’isolement et la suspicion mutuelle, perte de l’activité culturelle, fraction entre des populations interdites de travail et les autres, etc.), retards et complications multiples autour des pathologies hors-covid, reprise accélérée et plus violente de la délinquance, crise policière entre saturation et tensions, menace protéiforme d’insurrection…

 

Protéger les plus fragiles et renforcer les lits de réanimation 

Sur le seul Covid, le sujet est double : protéger les plus fragiles et renforcer les lits de réanimation.

Les personnes âgées et les cas exposés connus doivent avoir et recevoir les gestes barrières scrupuleux. C’est à eux, sans besoin d’infantiliser, que revient la responsabilité pour eux-mêmes de ne pas trop s’exposer. Il leur faut des masques à la protection avérée type FFP2 et le meilleur accompagnement possible. Les praticiens en EHPAD vous le diront : une cause majeure de la mort des personnes âgées, grandement accrue par la Covid et parfois plus fort qu’elle, est le syndrome de glissement, i.e. perte du goût de la vie et des gestes d’autonomie, par angoisse de la solitude notamment. Priver partiellement ou totalement les personnes âgées de visites est donc un non-sens et revient à leur donner un poison davantage qu’une protection.

Concernant les lits, il faut acter que la coopération entre le public et le privé est encore timide (délaissés au premier confinement, les lits du privés (2000) ont été davantage sollicités, même si 2000 lits supplémentaires pourraient être créés à partir des lits de soins continus et intensifs (Larmine Gharbi, dirigeant la Fédération de l’Hospitalisation privée le 06 novembre à Sud Radio). Surtout, l’État, plutôt que de disperser ses efforts, notamment sur des vaccins remplis d’incertitude, doit s’emparer des moyens matériels et humains permettant l’augmentation globale de ces lits (les Allemands disposent de deux fois plus de lits que nous, source Figaro du 19 novembre).

Quant à la crise profonde qui s’annonce, elle est non seulement largement éludée mais abordée surtout par une population mise en position de subir.

 

Vivre autrement avec le virus

Il est grand temps que le pays se remettre à vivre, à aller de l’avant, à s’entraider.

Confiner revient aujourd’hui, tellement la saturation est grande, à proposer à une grande majorité de Français le choix entre l’insubordination (déjà largement pratiquée d’ailleurs par l’incapacité policière à tout contrôler alors que la délinquance repart à la hausse) et une résignation délétère pour les entreprises comme pour les personnes.

Nous n’allons pas passer notre vie à nous enfermer face aux variants du Covid, car cela peut durer longtemps. Les Français ont le génie de la liberté : que ceux qui veulent ou doivent se protéger le fassent, que les autres laissent libre cours à toute leur vitalité.

 

Être Français en temps de crise

Ne négligeons jamais l’effet d’entraînement d’un peuple qui se lève. Et en ce temps de mondialisation où tout le monde se copie par peur de la comparaison ou du principe de précaution, n’oublions pas que la France a historiquement été celle qui donne le ton. Elle a l’intuition de la vie, du combat, du sursaut : pourquoi la réduire à cette masse migraineuse de recommandations tatillonnes et absconses ?

 

Pour quoi vit-on ?

La Covid nous amène aux bonnes questions. Comme en écho au livre du Général de Richoufftz en 1998, questionnant le sens des missions militaires, "Pour qui meurt-on ?" (François-Xavier de Guibert), nous pouvons aujourd’hui nous interroger : pour quoi vit-on ? Va-t-on longtemps accepter que l’on nous empêche de vivre sur le principe incanté de la peur ? Pour qu’un ministre puisse annoncer l’air triomphant ou défait un saut de courbe ? Quel intérêt à bonifier des statistiques quand au soir de sa vie on crève comme un chien, loin des visages aimés, dans un sombre couloir ou des rues dépeuplées de gens et de fierté ? Les sacrifices, les Français les ont toujours faits, mais pour des causes, pour des personnes, en combattant, en se risquant, en donnant toujours au temps volé ou raccourci une intensité qui élève et qui donne, tout simplement, sens à la vie. Il n’est pas là question de temps passé mais d’intensité, de courage, de grandeur. On vit comme on meurt, pour l’absolu ou la tiédeur, à tout le moins en pouvant le choisir, hors des champs exsangues et glacés du microscope et du papier.

François Bert

Publié le 30 janvier 2021